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Accueil > Formation > Doctorat > Thèses en cours > Langues possibles et langues impossibles : les règles folles

Alexander Chabot [2016 - ]

Langues possibles et langues impossibles : les règles folles

Sous la direction de Tobias Scheer

La phonologie souffre d’un problème fondamental qui rend l’échafaudage de théories et ensuite l’échange d’arguments entre elles très difficile, voire impossible : personne ne sait définir l’ensemble des phénomènes qui relèvent de la phonologie, i.e. sont le résultat de la computation phonologique. Les phonologues ont tenté depuis au moins 50 ans de trouver une métrique d’évaluation qui décide pour une alternance donnée si celle-ci relève ou non de la phonologie – sans succès. Si bien que depuis toujours les théories sont construites sur des bases empiriques fort différentes, et par conséquent divergent beaucoup : certaines sont minimalistes et relèguent 80% des alternances hors phonologie, d’autres incluent 90% des alternances – et toute sorte de position intermédiaire est également représentée. L’argumentation est alors difficile ou impossible puisqu’un mécanisme proposé par la théorie X peut être récusé par la théorie Y qui accuse la théorie X de se baser sur des phénomènes qui n’ont aucun rapport avec la phonologie.Retour ligne automatique
Cette thèse propose d’approcher ce dilemme fondamental de la phonologie moderne par le biais d’une curiosité dont il n’existe pas d’étude systématique : les règles folles (crazy rules). Il s’agit de processus qui ne font aucun sens phonétique et paraissent non-naturelles, alors qui l’idée de naturalité est depuis toujours un phare en phonologie. Retour ligne automatique
Les règles folles sont une pierre de touche intéressante : elles se trouvent à l’extrême du spectre des phénomènes qui sont candidats à la prise en compte par la théorie phonologique. A priori aucun phonologue a envie de les inclure dans ce qui est produit par la computation phonologique puisque cela reviendrait à dire que tout et son contraire est possible, et que la notion de naturalité n’a en fait aucune réalité.Retour ligne automatique
L’hypothèse de travail est que les règles folles sont réelles et relèvent bien de la computation phonologique. Retour ligne automatique
Opérationnellement, il y a quelques rares travaux qui classifient explicitement un phénomène donnée en tant que règle folle (par exemple Bach & Harms 1972), mais dans la majorité des cas les candidats à ce statut ne sont pas repérés en tant que tel. Cela implique un travail de fond et des recherches bibliographiques notamment dans la littérature typologique. Il faudra classifier les phénomènes en question et ensuite les évaluer selon les méthodes classiques en tant que "naturels" ou non : régularité, productivité, présence dans les erreurs de langage, présence lorsque les locuteurs parlent une langue étrangère, présence dans les emprunts, situation diachronique etc.Retour ligne automatique
Ce travail empirique et analytique sera complété par deux épreuves expérimentales d’une ou deux règles folles bien choisies. Du côté comportemental, l’apprentissage d’une langue artificielle mesure le succès et la facilité d’apprentissage d’une langue inventée qui contient une règle folle (apprise par un groupe), par rapport à une autre langue inventée qui est comme la première mais au lieu de la règle folle possède une règle "naturelle" (apprise par un groupe de contrôle).Retour ligne automatique
Du côté électro-physiologique : le protocole expérimental mis au point par T. Scheer et collaborteurs qui permet par de décours temporel de potentiels évoqués de détecter la présence de computation phonologique pour un phénomène donné. Ce type d’expérience est soumis à des contraintes dans le choix des règles folles, qui doivent être présentes dans des langues dont des locuteurs sont accessibles dans des conditions raisonnables.

publié par Pierre-Aurélien GEORGES - mis à jour le