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Soutenance de thèse : Timothée PREMAT

La Genèse de l’élision

Direction : Tobias SCHEER

Lundi 11/12/2023 à 14h00 - Campus SJA 3 - MSHS salle Plate

-Résumé-
Cette thèse traite de l’origine de l’élision des voyelles finales atones en ancien français. En effet, les voyelles finales atones de certains mots de l’ancien français semblent ne pas être réalisées devant initiale vocalique en ancien français, mais les grammaires et manuels laissent ce point hors champ ou n’en donnent des descriptions que trop superficielles. De plus, l’élision métrique est fort différente de l’élision graphique, et de nombreuses voyelles finales atones sont élidées dans le vers sans être omises dans la graphie. Pour documenter le traitement de ces voyelles finales atones, ce travail s’appuie sur des corpus numériques (Nouveau Corpus d’Amsterdam et Base de Français Médiéval), analysés via deux programmes informatiques développés pour l’occasion, Comparalem et le PAM (Programme d’Analyse Métrique). Le premier programme permet la détection semi-automatique des lemmes sujets à des suppressions de graphèmes vocaliques finaux, tandis que le second permet l’annotation et l’analyse automatique des propriétés métriques de textes versifiés.
L’omission graphique de voyelles finales atones ne concerne que certains monosyllabes fonctionnels, ce qui correspond à la première période de la phonologie médiévale, où le domaine computationnel ne peut contenir qu’un seul mot lexical. En revanche, en métrique, toute voyelle finale atone est élidée au sein d’un hémistiche ou d’un vers, ce qui est cohérent avec la seconde période de la phonologie médiévale, où le domaine computationnel s’élargit et peut contenir plus d’un mot lexical. Nous résolvons cette contradiction entre les données graphiques et les données métriques en avançant que, puisque la métrique n’a pas de constituant plus petit que l’hémistiche, elle n’est pas un témoin fiable de la première phase de la phonologie de l’ancien français, tandis qu’elle révèle au contraire des propriétés qui, dans la seconde phase de l’ancien français, sont cachées sous les habitudes graphiques des scribes, qui continuent à écrire des voyelles pourtant élidées. L’analyse formelle que nous proposons parvient à modéliser ces deux états de la phonologie médiévale en utilisant les mêmes représentations et processus, et démontre qu’il n’est pas nécessaire de postuler une motivation anti-hiatique à l’élision.

Mots clés :Phonologie, diachronie, français, ancien français, TAL.

publié par Odile Deangeli le