Direction : Tobias SCHEER (CNRS / BCL)
JURY
Noam FAUST
Université de Paris 8 (Rapporteur)
Outi BAT-EL FOUX
Université de Tel Aviv (Rapporteur)
Diana PASSINO
Université Côte d’Azur/BCL
Markéta ZIKOVÁ
Université Brno
Résumé
« Ecoute dichotique et théorie phonologique : les groupes consonantiques en début de mot »
{Sur la base de l’écoute dichotique, cette thèse aborde la question de savoir si les lacunes dans l’inventaire des groupes #RT (R=sonante, T=obstruante) des langues non restrictives (= qui admettent des groupes non-#TR à l’initiale de mot) sont systématiques (analyse intuitive) ou accidentelles (comme le prédit la théorie du CV initial). En écoute dichotique, un stimulus est envoyé à l’oreille gauche (G), un autre à l’oreille droite (D). Cutting (1975) a montré que les natifs anglais perçoivent play lorsqu’ils reçoivent pay (G) et lay (D). Crucialement, la perception play est toujours obtenue lorsque lay a une avance de 50 ms (ou plus) sur pay, c’est-à-dire lorsque, dans l’entrée physique, le #l précède le #p. Il est compréhensible que les locuteurs natifs anglais ne perçoivent pas lpay, car i) il n’existe pas d’objet lexical correspondant (effet lexical) et ii) leur grammaire restrictive interdit #lp (effet phonologique).
Les expériences menées dans le cadre de cette thèse comparent l’écoute dichotique dans deux langues, en opposant une langue restrictive (le français) à une langue non restrictive (le tchèque). Elles testent les groupes initiaux de sonorité ascendante #TR par rapport aux groupes de sonorité descendante #RT (c’est-à-dire les deux possibilités extrêmes données par l’échelle de sonorité) : parmi les deux stimuli envoyés à l’oreille gauche et à l’oreille droite, l’un commence toujours par #T, l’autre par #R, et les deux sont par ailleurs identiques (comme dans l’exemple ci-dessus #T pay – #R lay). La thèse poursuit les objectifs suivants : montrer qu’en cas d’administration simultanée des deux stimulis #T et #R,
1. les mots existants ont un taux de fusion plus élevé que les mots non existants (effet lexical), le delta des deux taux de fusion correspondant à la partie de la fusion due à la grammaire phonologique (effet phonologique) ;
2. lorsque l’effet lexical est éliminé en utilisant uniquement des mots non existants (non mots) en tant que stimuli, la perception des francophones est de 100 % #TR, tandis que les tchécophones perçoivent #TR ou #RT aléatoirement ;
3. en tchèque, le comportement des groupes #RT qui existent (#rt, #rd, #lb) et qui n’existent pas (#rp, #rb, #rk) est identique : la perception par les locuteurs tchèques des deux groupes est aléatoire.
Les résultats de l’expérience 1) confirment l’existence d’un effet lexical : en français, alors que le taux de fusion des mots existants (pour la réponse #TR) est de 27.7%, celui des non mots n’est que de 10.9%. Cela permet de déterminer la part des fusions réussies qui sont dues à l’effet lexical (27.7% – 10.9% = 16.8%) et à l’effet phonologique (10.9%), respectivement.
L’hypothèse 2) sera également confirmée par les résultats expérimentaux : alors que les locuteurs français produisent près de 100% de perceptions #TR (168 réponses sur 174 fusions réussies, soit 96.6%), les locuteurs tchèques présentent un bilan équilibré entre les perceptions
#TR (233 réponses sur 512 fusions réussies, soit 45.5%) et #RT (279 réponses sur 512 fusions réussies, soit 54.5%). Une analyse bayésienne révèle qu’on peut être modérément confiant que la différence en question est due au hasard (Bayes Factor 5.332).
Enfin, les résultats de l’expérience 3) sont également conformes à la prédiction faite par le CV initial : 50 participants perçoivent les groupes #RT existants et non existants de manière aléatoire. Pour les groupes #RT existants, ils rapportent une perception #RT pour 1071 essais sur 1350 (79.3%) ; les groupes #RT non existants sont perçus en tant que #RT dans 1056 essais sur 1350 (78.2%). Une analyse bayésienne révèle qu’on peut être modérément confiant que la différence en question est due au hasard (Bayes Factor 6,082).
Au chapitre 4, ce résultat expérimental est interprété à la lumière des travaux de Berent et collègues qui ont montré l’existence d’une préférence universelle pour #TR.}
Abstract
{Based on dichotic listening, this thesis addresses the question of whether gaps in the inventory of #RT groups (R=sonant, T=obstruent) in non-restrictive languages (= languages that allow non-#TR groups at the beginning of words) are systematic (intuitive analysis) or accidental (as predicted by the initial CV theory). In dichotic listening, one stimulus is sent to the left ear (L) and another to the right ear (R). Cutting (1975) showed that native English speakers perceive play when they receive pay (L) and lay (R). Crucially, the perception play is always obtained when lay has a 50 ms (or more) lead over pay, i.e. when, in the physical input, the #l precedes the #p. It is understandable that native English speakers do not perceive lpay, because i) there is no corresponding lexical object (lexical effect) and ii) their restrictive grammar prohibits #lp (phonological effect).
The experiments conducted as part of this thesis compare dichotic listening in two languages, contrasting a restrictive language (French) with a non-restrictive language (Czech). They test the initial ascending sonority groups #TR against the descending sonority groups #RT (i.e. the two extreme possibilities given by the sonority scale): of the two stimuli sent to the left and right ears, one always begins with #T, the other with #R, and the two are otherwise identical (as in the example above #T pay – #R lay). The thesis pursues the following objectives: to show that when the two stimuli #T and #R are administered simultaneously,
1. Existing words have a higher fusion rate than non-existing words (lexical effect), with the difference between the two fusion rates corresponding to the part of the fusion due to phonological grammar (phonological effect).
2. When the lexical effect is eliminated by using only non-existent words (non-words) as stimuli, French speakers’ perception is 100% #TR, while Czech speakers perceive #TR or #RT randomly.
3. in Czech, the behaviour of the #RT groups that exist (#rt, #rd, #lb) and those that do not exist (#rp, #rb, #rk) is identical: Czech speakers’ perception of both groups is random.
The results of experiment 1) confirm the existence of a lexical effect: in French, while the fusion rate for existing words (for the #TR response) is 27.7%, that for non-words is only 10.9%. This allows us to determine the proportion of successful fusions that are due to the lexical effect (27.7% – 10.9% = 16.8%) and the phonological effect (10.9%), respectively.
Hypothesis 2) is also confirmed by the experimental results: while French speakers produce nearly 100% #TR perceptions (168 responses out of 174 successful mergers, or 96.6%), Czech speakers show a balanced ratio between #TR
#TR perceptions (233 responses out of 512 successful fusions, or 45.5%) and #RT perceptions (279 responses out of 512 successful fusions, or 54.5%). A Bayesian analysis reveals that we can be moderately confident that the difference in question is due to chance (Bayes Factor 5.332).
Finally, the results of experiment 3) are also consistent with the prediction made by the initial CV: 50 participants perceive existing and non-existing #RT groups randomly. For existing #RT groups, they report an #RT perception for 1071 out of 1350 trials (79.3%); non-existent #RT groups are perceived as #RT in 1056 out of 1350 trials (78.2%). A Bayesian analysis reveals that we can be moderately confident that the difference in question is due to chance (Bayes Factor 6.082).
In Chapter 4, this experimental result is interpreted in light of the work of Berent and colleagues, who demonstrated the existence of a universal preference for #TR.}